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Albert Memmi, Vie et oeuvre

 Biographie et présentation de l’oeuvre d’Albert Memmi

par Camille Bossuet

Albert_MemmiNé à Tunis en 1920, dans une famille juive arabophone, Albert Memmi est essayiste et romancier. Il fait des études de philosophie à Alger puis à Paris. En 1943, il est incarcéré dans un camp de travail en Tunisie. Après la guerre, marié à une Française, il retourne en Tunisie, y enseigne et commence à écrire. Fixé en France après l’Indépendance (1956), il est professeur de psychiatrie sociale à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, attaché de recherches au CNRS, membre de l’Académie des sciences d’outre-mer.

Albert Memmi est naturalisé français en 1973 et son œuvre, traduite dans une vingtaine de langues, s’est vue décerner de nombreux prix dont, en 2004, le Grand prix de la francophonie pour l’ensemble de celle-ci.

En 1976, dans La Terre intérieure, (Gallimard), sous la forme d’une conversation avec l’écrivain marocain Victor Malka, Memmi entreprend de retracer son parcours, tissage de liens étroits entre l’œuvre et la vie. Dans les pages liminaires, il énonce d’abord :

Je puis vous dire, par exemple : je suis né à Tunis ; j’y ai vécu jusqu’à la fin de mon adolescence ; puis j’ai gagné la France pour y faire mes études, je m’y suis également marié. (…) Ce serait en somme l’histoire d’une espèce de provincial français qui aurait gagné la capitale où il s’est fait une vie acceptable. (p. 9)

Très vite cependant, le dialogue met à jour les éléments fondateurs de l’homme et de son écriture :

(…) il y a eu la colonisation, la guerre, la décolonisation… Disons alors les choses autrement : je suis le premier des garçons d’une famille de huit enfants ; mon père, artisan bourrelier, eut quelque mal à nous procurer le nécessaire. En outre, nous étions juifs, ce qui, en pays arabe, même sous protectorat français, posait quelques problèmes. Nous étions enfin tunisiens, donc colonisés et citoyens de seconde zone.

En effet, la complexité socio-historique qui caractérise la première partie de sa vie, les expériences personnelles d’humiliation, d’injustice ou de brutalité que Memmi pourra reconnaître en d’autres destins lors de ces différents voyages, ont contribué à forger la particularité de son œuvre et à faire de lui l’ « écrivain de combat » qu’il pense être devenu. Au carrefour de plusieurs cultures, la réflexion sur sa vie personnelle sera le terreau premier de ses écrits, littéraires comme théoriques.

En 1954, La Statue de Sel, son premier livre, « autobiographie au deuxième degré » (J. Arnaud), reçoit le prix Fénelon. La même année, il publie dans L’Express un article : « Y a-t-il une littérature nord-africaine ? ».

En 1955, Agar, roman singulier, toujours dans une veine autobiographique, s’apparente pour certains à un « roman existentiel ».

En 1957 paraît Le Portrait du colonisé précédé du portrait du colonisateur. Préfacé par Jean-Paul Sartre, ce texte de dénonciation du système colonial fait date dans l’œuvre de Memmi ainsi que dans la réflexion sur le fait colonial en général, mettant en lumière un « couple » colonisateur-colonisé, antagoniste et conditionné.

En 1964, il dirige la publication d’une Anthologie des écrivains maghrébins d’expression française (avec Roth, Arnaud, Déjeux). Comme nombre de ses contemporains, la littérature francophone maghrébine « post-indépendance » lui semble vouée à une histoire courte, bientôt supplantée par la langue arabe. Memmi prédit ainsi un suicide de la littérature colonisée de langue européenne.

Entre fictions et essais, l’auteur questionne la place et la singularité du Juif dans le monde arabe (fondant les concepts d’Hétérophobie et de Judéité), et, parmi les pionniers des études francophones, revisite les notions de Racisme, de Colonisation, de Dépendance (il en propose des définitions inédites dans l’Encyclopedia universalis).

Les essais se succèdent : Portrait d’un juif, I-II (1962) ; L’Homme dominé (le colonisé, le Juif, le Noir, la Femme, le domestique) (1968) ; Juifs et Arabes, (1974) ; La Dépendance, préfacé par Fernand Braudel, (1979) ; Ce que je crois, (1985) ; Le Racisme, (1994). Enfin, en 2004, paraît le Portrait du décolonisé, arabo-musulman et de quelques autres, (Gallimard) comme pendant tardif et combien actuel à son premier essai.

Il publie aussi d’autres récits comme Le Scorpion ou la confession imaginaire (1969) ; Le Désert ou la vie et les aventures de Jubaïr ouaki el-Mammi (1977) ; Le Pharaon (1988) ; ou plus récemment Térésa et autres femmes, 2004.

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Discussion

2 réflexions sur “Albert Memmi, Vie et oeuvre

  1. La date de sa mort.

    Publié par patrix marvin | 18 novembre 2015, 11:32

Le tour du monde des arts francophones

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