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La parole aux écrivains: textes et entretiens inédits

Gracia Bejjani, Jeddo

Jeddo

Je ne suis pas allée à ton enterrement. L’exil est pourvoyeur de prétextes. Distance, travail, coût du voyage… Des excuses, prêtes à servir. À raidir les mauvaises langues, elles s’emballent vite au Liban.

Jeddo1. Je te dois la vérité. Mort, tu te noues à ma conscience. Tu deviens vérité, présence éthérée qui nous regarde, qui voit. Qui me regarde. Je ne voulais pas pleurer ta perte, elle ne me concernait pas. Ta horde se la dispute encore. Tes descendants. Sempiternel cortège d’affliction.

Il y a quinze ans, tu es mort ; j’ai continué à vivre. À Paris. Sans me retourner. Je ne suis pas allée à ton enterrement, jeddo. Je n’ai pas hésité. Ni regretté.

« Äyb, Äyb ! ». La honte, un déshonneur, cette fille. Oui, si tu savais. Persévère, écoute-moi. Tout entendre, sans m’opposer ta surdité. Après la mort, seules nos vérités nous survivent.

Depuis mon départ du Liban, je n’ai connu aucun enterrement, aucune naissance. Je n’ai pas assisté aux mariages. Maladies, drames, fêtes, problèmes… Rien vu en vingt années d’éloignement. J’en aperçois des raccourcis pendant les vacances au pays, comme si je parcourais des extraits de romans, sans avoir à en lire la totalité. La famille a continué à vivre, mais à côté, de loin. Sans m’autoriser d’autres appartenances en France. Ni d’autres deuils ni d’autres joies. Séparée, enchaînée. Je ne fais plus partie de rien jeddo, d’aucune communauté. Hiatus qui dépasse toute question identitaire, toute considération patriotique, pour parler ton langage. Les événements qui fabriquent une existence et font l’ossature des jours… ces épisodes de vie qui participent de notre humanité… j’ai tout évité.

Tu me condamnerais. Simplicité paysanne. Seul t’importe le respect de la morale. L’acceptation de ce qui nous est donné à vivre. Exister, avec le bon sens pour instinct, la sagesse en intelligence. Tu ne comprendrais pas. Ma quête est sans fondement à tes yeux, elle est vaines déambulations. Explorer d’autres voies que son destin ? Interroger le socle des destinées communes ? Le mariage, accomplissement de nos existences de femmes. Les enfants, notre mission. Un devoir religieux, une dette à la vie. « Construire une famille, c’est sacré ça ! »

Entendre tonner ta voix rugueuse, elle monte encore. Tu m’as pourtant si peu parlé.

Ni avec cette voix, ni sans elle. Je suis seule, jeddo. Je ne connais pas ton regard, il n’y a pas de réponse.

Maintenant que tu es invisible, j’imagine que tu vois. Que tu me vois, figée dans l’abomination. Excès… Déroute. « Haram, skété ! ». Tu voudrais que je me taise, que je vous épargne ! Mais il faut que cette aliénation serve ! Que quelqu’un de là-bas sache ! Pourquoi pas toi ? Notre père qui est aux cieux. Notre père à tous, saint homme ! Si ma rédemption ne vient pas de toi, vers qui me retourner ? Et puis ça va ! Tu es mort, prends du recul !

Je ne pouvais pas aller à ton enterrement. Renier sans mots le réel de ta mort. Avec la culpabilité de ne rien ressentir. J’ai réprimé l’aigreur, j’avais honte de ma vérité. Tu ne serais qu’indignation… « Äyb ya bénét ! Skété ! Haram ! Stéhé ! » C’est tout ce que tu trouves à dire ? Honte à toi, petite ! Tais-toi ! Par charité ! Toujours cette honte. Tes yeux, vos yeux, sans pardon pour l’insubordination filiale.

Tu n’as jamais été pour moi. Le lien, j’aurais aimé le connaître de ton vivant. Que tu sois grand-père m’aurait permis de prendre ma place. De ton vivant, dans ma jeunesse. Avoir une place dans une lignée. Une existence dans le monde. Être la petite-fille de quelqu’un ; souffrir du deuil, célébrer les joies en commun, partager, réchauffée par la normalité. Ce réconfort de la normalité que je me refuse. Sans arriver à y renoncer. Je ne pouvais pas aller à ton enterrement. Avec la culpabilité de ne rien ressentir.

Tu étais dur d’oreille, jeddo. D’énormes oreilles, tout en longueur, dessinées de plis, parfaites pour un cours d’anatomie ; énormes mais qui ne te servaient pas à entendre. Il fallait hurler devant tes yeux ; alors que tu parlais bas, glissant les mots sous l’opacité de l’air.

La seule parole personnelle entre nous remonte à mes 15 ans. Une phrase unique, plantée dans l’absence. « Approche-toi ma fille… tu es donc sa fille, toi. Mais que tu es petite ! Bien trop petite ! » Ta petite fille, je suis surtout ta petite-fille. Tu me découvres ?… Je te regardais, pour ne pas arrêter le flux de tes mots. Tu n’en démordais pas, tu poursuivais, entre provocation et reproches. Que tu es petite ! J’étais impuissante, j’aurais aimé te plaire, je te décevais. Ma grand-mère est intervenue pour que tu te taises.

Ta réflexion m’avait humiliée, mais elle m’était destinée. Tu me parlais. Tu m’avais vue, j’avais commencé à exister. Tu me nommais ; petite, j’en étais grandie. Tu m’avais distinguée parmi ton essaim de petits-enfants. Sorti du mutisme, prenant le risque que je réponde à tes oreilles closes. Mais Téta2 ne laissait pas de place à l’étonnement. Elle t’ordonna de cesser de m’humilier, elle criait pour que tu redeviennes silence. « Elle n’est pas petite, tu m’entends ?… Ou peut-être petite, mais intelligente. Très intelligente ! » Quel rapport entre la taille et l’intelligence ? Me défendait-elle ou me défendait-elle de te parler ? Je flottais entre vous deux, écrasée entre deux discours. Ni avec ta voix, ni sans elle. Je suis seule, jeddo.

Tu t’es tu. Ces mots matérialisaient la seule parole que tu m’aies adressée de ton vivant. Tu as repris ta position, tu es reparti dans tes songes. Tu as regardé ailleurs, par la fenêtre. Tes yeux bleus se sont détournés de mon petit corps. J’ai essayé de protester, de les ramener dans notre monde, le seul que je percevais. Tu étais retourné dans ton univers. Tu ne me voyais pas, j’étais trop petite, tu avais raison. Je ne me sentais plus exister.

Un mot aurait suffi. T’entendre m’appeler. « Jeddo », que tu laisses faire l’intimité de ce mot. Un mot aurait suffi et le plaisir inavouable d’être à toi, par le seul possessif d’une interpellation. Jeddo, ta petite fille à toi. Tu t’es contenté d’une question « La fille de qui tu es, toi ? » Tu reconnaissais sans le nommer notre lien, ta petite fille. Il t’importait davantage de savoir qui était mon père, tu le posais comme préambule à la présence. J’étais fière de te crier son nom, fière d’être sa fille pour accéder à toi ; assurée de ton amour pour lui, d’en bénéficier par procuration. Et la suite, jeddo ? Tu t’es contenté d’une question.

« Jeddo », et je suis désarmée, empoignée de douceur quels que soient tes sentiments. Un mot qui pénètre, qui noue ; qui m’emprisonne comme il est bon de l’être. Est-ce la particularité de notre langue qui donne leur puissance à ces mots ? C’est bien plus tard que j’ai entendu l’étrangeté de cet usage libanais qui veut qu’une mère appelle son enfant « mama » : le même mot. Que notre père nous appelle « baba ». Je suis « jeddo » pour mon jeddo. À Paris, avec la distance et le temps, comme une langue qu’on découvre : je nous ai entendus nous parler. Un mot unique dans les deux sens, sans ambigüité, quel que soit le sexe, quelle que soit la position. Un jour, sans raison manifeste, j’ai entendu cette particularité de langue, alors que j’ai toujours parlé français, que j’aurais pu la percevoir avant par différence. C’est venu, comme si un hasard avait isolé ces mots pour leur donner la fraîcheur de l’inconnu, la visibilité du neuf. J’ai dû chercher à comprendre ma langue, soudain étrangère, en saisir les règles sans recours à une parole extérieure qui en proposerait une interprétation. M’abasourdir de ma langue. Mon père m’appelle papa, je l’appelle papa. Comme si nous cessions d’exister, au profit du lien. Nommés respectivement par la relation qui nous unit. Noués. Réaffirmer à chaque occasion la force de la filiation, la nourrir de la puissance des mots. Tu m’aurais nommée « Jeddo ». Un mot aurait suffi, un lien.

Tu es mort. J’ai besoin de le prononcer aujourd’hui, de le dire en français. Que ta mort soit. Il y a quinze ans, mon père m’appelait pour me l’annoncer. J’ai buté sur sa voix, il ne m’appelle jamais. S’il décroche quand je téléphone au Liban, il hèle ma mère, d’un ton de panique, toujours le même débit affolé, saccadé. Il me la passe, essoufflé, après ce sprint de mots, débarrassé d’un appareil subitement incandescent, de ma voix comme explosive.

« … Personne d’autre, c’est à moi de le faire… » Il appelait pour me dire ta mort. Le trouble criblait la voix de mon père. Ses mots se sont creusés. Je l’écoutais s’enfoncer. « Tu vas bien baba ? Ta santé va bien ? » Sa voix, la même et si différente. « Moi, je ne vais pas bien, je ne vais pas bien du tout ! » Je l’écoutais, muette. « Tëtir ! quel malheur ! Meit bayé, mon père est mort ! ton grand-père mort. » Ses phrases se cassaient dans le combiné qui retenait ma joue. Il ne les finissait pas. « Meit bayé, jeddo meit, meit. » Mort, mort. Ma réponse : « Ouallah3 ? », comme un : « c’est pour ça que tu m’appelles ? » « Ouallah ? », sorte de : « Je suis là, je t’écoute, je réagis ». Rien de signifiant. Une feinte qui facilite l’absence, remplit de vide la solitude de l’autre.

Je ne voulais pas de son émotion. Je me suis empêchée d’éprouver la mienne face à ta mort. Ne pas vérifier la douleur. Tu me fustigerais de tenir tête à un père, ce fils que tu aimes… mais laisse ! Ils sont pour toi ces mots, toi à qui je n’ai pas parlé. Toi qui n’entendais pas. C’est bien assez que mon père nous ait escamoté la fin, qu’il ait encombré notre moment par sa détresse. Tu es mort sans que je sache si j’en souffre. Si j’avais appris ton décès autrement, je saurais si je suis capable d’amour. « … meit bayé… » Un coup de fil arrêté, un point isolé dans un temps révolu. Le temps lancinant des morts que je n’enterre pas.

Papa m’appelait pour vérifier ma souffrance à l’annonce de sa propre mort. Un père. D’implorante, sa voix est devenue débris de consonnes. Il a parlé de l’importance de son appel, il m’a renvoyée à ma sécheresse, à la monstruosité. « Es-tu vraiment une fille ? ma fille ? » Son père est mort, tout ce que je trouve à dire c’est, « ah bon ? » Si je suis sa fille ? Objet de fuite, objet de déroute.

Je n’ai jamais aperçu le haut de ton crâne prolongé par le tarbouch4 que tu ne quittais jamais, comme pour te protéger du ciel. Les stries de soie fixées à son sommet bougeaient, dans tes gestes les plus infimes. Certaines restaient accrochées à la fibre râpeuse. Et ton saroual. Tous les jours, à toutes les occasions, la même tenue noire et blanche, tu n’as jamais été habillé autrement. Un costume de consacré. Jeddo… Petite, je te trouvais sale, je vérifiais les lessives, je surveillais les jours où tu te changeais. J’essayais d’imaginer ton corps sous le tissu ballottant du saroual qui ne délimite aucune forme. Je pensais à tes sous-vêtements, je ne savais pas si tu en portais : y a-t-il des slips traditionnels accordés à tes tenues ? Où s’arrête le folklore ? Ton odeur me dégoûtait, je te toisais du haut de ma prétention citadine. Je ne voyais pas ta beauté.

Ton corps courbé. Visage plissé. De grandes, d’énormes oreilles qui n’entendent évidemment pas, alors qu’on ne voyait qu’elles dans ton visage emmuré. Étais-tu vraiment sourd ? Je voudrais connaître ta vérité, connaître ton cœur. Petite, je ne croyais pas à ta surdité. Il ment… on entend ou pas… pas entre les deux… le seul moyen d’échapper à Téta… Imposteur ! J’aurais fait de même… au moins sourde, si j’étais mariée à Téta. Jeddo, à la tête de douze enfants. Patriarche à la retraite. Tu ne prenais part à rien, ta femme gérait. Dans une formidable indifférence, tu as opté pour une vie en point mort.

Pourtant tu es quelqu’un, toi ! Je l’ai toujours entendu, « ton grand-père, c’est quelqu’un ! ». Un homme juste, pur. Un homme digne dans la pauvreté. Un pieux maronite qui ne connaît pas le péché. Ton passé fonde l’histoire mythique de toute la famille. 1re guerre mondiale, tu es orphelin, tu as 14 ans, tu fugues, tiens, toi aussi, comme moi. Mais tu fuis la guerre. On pourrait penser qu’il en est de même pour moi. On pourrait. Tu viens de perdre trois frères. Échapper à l’acharnement, sauver ce qui peut encore l’être. Courage de guerrier ; tu pars à pied, en direction de la Syrie, portant ton petit frère sur les épaules. Ton petit frère, abattu sur tes épaules, en chemin. Tu donneras plus tard son prénom à l’un de tes fils, à mon père. Tu persévères, atteins la Syrie. Tu t’y installes seul, tu travailles dans les champs. Tu laisses derrière toi quelques survivants, quatre sœurs, un frère.

Tu reviens à 22 ans, tu ramènes de ces régions arides l’accent rugueux qui t’a toujours distingué et l’obsession de la vengeance, le seul lien que tu aies gardé avec le Liban pendant huit ans. Un serment qui t’a permis de supporter l’exil. Dans la famille, nul ne doute, tu as vengé la fratrie, mais personne n’en dit plus. « Il a vengé ses quatre frères, il a surtout vengé le petit, mort sur ses épaules », cette assertion fonctionne à elle seule, comme une croix plantée au sol, sans risque de contestation.

Marié en héros. Pour toi, Téta a quitté son fiancé, un très riche parti. Elle a défié ses parents dans un temps où le coup de foudre était une hérésie. Les mariages se négociaient, des arrangements qui profitaient à toute la famille. Téta a réveillé le mystère en moi : ton secret. Je ne comprenais pas qu’elle ait préféré un paysan qui pue, à un homme riche et de bonne famille. Une héroïne, pour avoir fait le contraire de ce qu’on attendait d’elle. Je t’épiais, je traquais ce qui faisait de toi un homme pour qui l’on quitte, pour qui l’on renonce à la fortune. Je voulais être comme toi, mon héros altier, un roi masqué.

Je guettais tes moindres soubresauts, toi qui n’entends pas. Qui ne parles pas, ne poses pas de question. Ton silence. Une absence comme la tienne. Savais-tu seulement que j’étais partie ? On ne fugue pas au Liban, encore moins quand on est une jeune fille. Surtout pas pour s’installer à l’étranger. On préfère une mort violente dans le pays, à la plus douce agonie dans l’exil. L’identification totale au pays est plus forte que le patriotisme. Un Libanais peut tout perdre, il ne fera que renforcer ses liens au sol ; ce n’est pas rien, l’ombre d’un cèdre du Liban.

Ni le spectre des ancêtres. Tu me reviens jeddo. Dans tes mots, avec l’émotion rocailleuse de leurs consonances. Je n’écris pas en arabe. Peut-on être relié lorsqu’on n’écrit pas dans sa langue ? Je m’exprime dans une langue qui t’est hermétique, tu l’as aussi été pour moi. Tu n’en comprendrais pas un mot. Tu ne sais ni lire, ni écrire. Et du français, tu ne connais que : « bonjour », « au revoir », « merci ». Dans des roulements de « rrr » qui les assimilent à ta langue. Étrange, comme ils nous correspondent ; ils pourraient suffire à notre lien. De ton vivant, je ne t’ai adressé que des « bonjour », « au revoir ». Et maintenant, « merci », « merci » jeddo !

Je suis fière de cette filiation, j’en avais honte gamine. Youhanna. Je ne t’avais jamais nommé. Youhanna. Pouvoir égrener ton prénom, douceur et puissance ; je me le répète haut, accent sur le « ha ». Une tonalité respirée dans ma gorge. Dense. Youhanna. Prononcer la tendresse, dans ces lettres autrefois sourdes. Retrouver la profondeur. Mes racines, à travers un mot. Youhanna. Étirer ton prénom, pour nous relier. Te rendre ta beauté. Je serais fière de cette filiation, si elle pouvait m’être restituée. Si elle me devenait matière. Vérité tellurique. Fière que tu aies été paysan. Un « cultivateur » disait ma mère dans sa famille bourgeoise.

Tu me reviens, réel. Il me semble toucher ta main complexe, enrichie de rides qui portent la bénédiction. De ces origines communes que je ne peux pas partager, car quoi de plus étranger à moi que ton amour, que ta fusion avec la terre. La terre libanaise, au sens paysan. Je suis loin perchée, dans mon sixième étage parisien, dans ce pays sans cœur. « Des pays sans cœur… sans âme », j’ai toujours entendu ces litanies condamner le monde occidental dans une intransigeance qui n’admettait pas de réflexion ; des vérités collectives. Qu’est-ce qu’un pays avec cœur, jeddo ? Je cherche.

Tu es là, tu as toujours été. Un souffle dans le dos, une masse fugitive. Qui me saisit, m’esquive. Une pression qui me pousse et me retient. À la fente de ton regard qui se fiche de ma vie.

Jeddo Youhanna, ton prénom est doux, douloureux.

Je n’ai connu de toi qu’un corps de silence. Symboles accordés de faits et détachés de l’existence. Tu es une énigme à mes yeux, un mythe pour les tiens. Tu m’échappes, tu ne lègues que rêveries et désir de puissance.

J’ai désappris l’accueil, imbroglio de désir et de volonté. Une solitude comme la tienne ne laisse pas de commentaires. Il n’y a que du silence là où tu es passé. Le manque. Un trou.

La guerre, la mort sans chair. La tienne est autre. La mort et un mort : abstraction et trébuchement. Tu es mort. La douleur aujourd’hui me rassure.

Youhanna, jeddo Youhanna.

Quelle transmission entre nous ? En quoi suis-je ta petite-fille ? Où est ta marque ? Nous ne sommes pas si loin, tu connais aussi l’exil. Et celui de l’âme. Tu connais l’isolement, la surdité. L’autre impossible, qui rend sourd. La coupure.

Comment te continuer ? Parle, jeddo ! Avec l’accent particulier qui est le tien, cet accent qui fait douter des langues maternelles. Grondement d’os dans mon sang.

Je me confonds… une parmi les autres. Ton étincelle manque, la fin m’effleure.

Faire corps avec l’autre nécessite d’en éprouver l’absence, tandis que je cherche le correspondant. Reconnais-moi pour que je sois. Jeddo Youhanna, touche-moi de ta main… sur ma tête, sur mon front. Et ta main en devient l’autre, le différent. L’autre sera enfin perçu par mon corps. Je saurais qui je suis, sans avoir à le penser.

Car qui suis-je sans identification originelle ? Sans la puissance de ton nom ?

Je suis ta petite-fille, même à Paris, dans les queues des supermarchés, dans le métro, des lieux que tu ne peux pas imaginer.

Un pays sans âme, c’est quoi l’âme ? Et l’homme ? Je ne sais pas ; et ça semble aller de soi.

J’y suis. Pardonne ma trahison. Mon départ exil est contre toi, contre vous tous. Contre ce que tu représentes. Qui m’est à jamais défendu.

C’est une démission. Le renoncement. Retournement contre mon âme

1 jeddo : papi

2 Téta : mamie

3 oualla ? : c’est vrai ? tu le jures par Dieu ?

4 Tarbouch : chapeau traditionnel porté par les paysans

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