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Mohammed Khaïr-Eddine, Le déterreur, adaptation théâtrale de Cédric Gourmelon

Il faut écouter l’histoire du déterreur

par Lama Serhan

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Le Tarmac clôt son festival  « Traversées du monde arabe » par une adaptation scénique du roman Le Déterreur de Mohammed Khaïr-Eddine par Cédric Gourmelon.

Fiction politique et poétique, le récit part de l’histoire d’un homme enfermé dans la pire des geôles parce qu’il est « un bouffeur de morts » pour ensuite donner la parole au romancier lui-même, à ses souvenirs et à son refus de résignation.

Il est toujours particulier d’adapter un roman sur une scène de théâtre. Cédric Gourmelon par l’aide de son comédien, Ghassan El-Hakim,  qui livre une performance saisissante et d’une scénographie riche en jeu de lumières, y parvient avec une grande justesse.  Le metteur en scène a opté pour la simplicité afin d’offrir au texte l’espace nécessaire.  Par exemple,  la mutation du condamné à mort en figure du romancier se dévoile simplement : le comédien se lave le visage et retire donc un masque.

Sur un plateau quasi nu, où juste du sable, quelques pierres et une gamelle meublent le sol, un homme allongé, se lève, vient à nous et parle. Il parle, une main levée comme l’enfant qui souhaite prendre la parole, ou l’exilé qui part de son pays et qui salue.

Son flot régulier, laissant paraître par moment les sentiments les plus arides, porté par un corps à moitié nu, recouvert de sable et de boue sur le torse et le visage, place le spectateur dans sa véritable posture : celui qui écoute et qui regarde les mots.

Car il faut écouter le déterreur raconter. L’histoire de son pays, la misère de sa naissance, la candeur des légendes qui sont toutes fausses, sa discussion avec Dieu – cet « irresponsable ».

Il faut écouter le déterreur dénoncer. Car c’est cela qui se joue sur scène. Tout y passe : le roi, la religion, la corruption, les tabous, les exils, l’esprit français qui parque ses immigrés dans des bidonvilles par « haine du dépossédé ».

Il faut écouter le déterreur déterrer la vérité. Au-delà de la dénonciation, c’est aussi la mise en face de la réalité par des énumérations de tout ce qui fait la misère d’un marocain, exilé ou dans son propre pays. Car ce qui est dit existe en quelque sorte. Et dans ce qui est dit ici, tout est vrai.

Il faut écouter le déterreur parler. Cette langue si riche, puissante, bouleversante comme l’annonce le sous-titre de la pièce « séisme linguistique du poète insurgé Mohammed Khaïr-Eddine ».  Et portée sublimement par Ghassan El-Hakim, un comédien à la voix à la fois poétique et animale.

Il faut écouter le déterreur.

Du 29 au 31 mars au Tarmac.

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