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Notre Plume est francophone

Notre Plume est francophone

À l’occasion de la journée internationale de la francophonie, le 20 mars prochain, le Tarmac, la scène internationale francophone, organise une soirée intitulée « Écrire en français, venir d’ailleurs ». Bernard Magnier échangera avec « des écrivains nés hors de France ou dans une famille née hors de France et ayant choisi le français comme langue d’écriture ».

 

Alors que la francophonie sera à l’honneur, le terme « francophone » est le grand absent de la présentation de cet événement. Et pour cause, il est comme un vêtement étriqué dans lequel on n’est pas à son aise, un peu passé de mode. En témoignent les précautions qu’il suscite lorsqu’il est employé, qui émanent de la nécessité d’en délimiter les contours pour ne laisser place à aucun malentendu. « Francophone » véhicule à la fois l’idéologie raciste qui sous-tendait l’entreprise coloniale et un discours actuel, qui prône l’ouverture aux autres cultures, au risque de nouer avec une forme d’indifférenciation ou de renouer avec un exotisme suspect. L’écueil semble parfois inévitable entre la réminiscence d’une idéologie d’un autre temps et  l’uniformisation à outrance. Les écrivains francophones sont trop souvent présentés comme des écrivains qui écrivent en français mais qui ne sont pas français, ou pas considérés comme tels. « Francophone », en marquant une frontière entre les écrivains français et ceux qui ne le sont pas, impose une définition en plein de la littérature française et une définition en creux de la littérature francophone qui parle davantage d’identité – nationale – que de littérature – ou d’identité littéraire. En attestent ces mots de la romancière Anna Moï, née au Vietnam : « Être écrivain me suffirait ; mais je suis aussi écrivaine francophone », regrette-t-elle, dans son essai Esperanto, désesperanto, la francophonie sans les Français (2006) – titre évocateur qui dit combien la francophonie indiffère les Français.

La création littéraire francophone est multiple. Il convient de tenter de penser autrement cette infinie richesse, autrement qu’en termes d’exclusion et sans jamais faire table rase de la singularité de chacun. Il convient de penser autrement le rapport entre littérature française et littérature francophone, autrement qu’en termes de suprématie. La littérature francophone a été appréhendée, jusque-là, comme assujettie à la littérature française, qui fait figure de grande sœur autoritaire et raisonnable, et présentée comme attachée à l’histoire coloniale, dans le cas d’un auteur originaire d’un pays ayant été colonisé par la France. L’enjeu étant d’analyser les textes et de les apprécier avec la plus grande justesse, au plus près de leurs qualités proprement littéraires, en écartant tout élément susceptible de parasiter sa lecture. En d’autres termes, il s’agit de créer des conditions de réception les plus favorables qui soient à des textes appartenant à un corpus souvent méconnu, voire dénigré.

 

Notre volonté, dans cette présentation, n’est pas de dire ce qui est bon ou ce qui ne l’est pas, ce qui est convenable ou pas, mais, une fois notre enjeu clairement défini, de soumettre au lecteur un questionnement crucial aux yeux des membres de la Plume francophone, questionnement autour duquel se tisse chaque article du dossier qui fait écho à l’événement organisé par le Tarmac, « Écrire en français, venir d’ailleurs ».

 

  Bernard Magnier s’intéresse au choix de l’écrivain venu d’ailleurs d’écrire en français, qu’il soit né en France ou pas, qu’il soit français ou pas. L’identité nationale est écartée, en même temps que le terme « francophone », pour faire place à l’identité littéraire qui restitue au plus près le sentiment d’identité de chacun. Émile Zola, Marguerite Duras, Jean-Gustave Marie Le Clézio, Doan Bui, sont de ces auteurs qui viennent d’ailleurs et écrivent en français.

Si l’on fait un pas de plus, si l’on définit l’écrivain francophone seulement comme l’écrivain qui écrit en français, la littérature francophone forme un tout auquel appartient la littérature française. Parler de littérature francophone, c’est pouvoir parler d’une création littéraire écrite en français, au Québec, en France, en Algérie, en Chine, au Cameroun et partout ailleurs.

Dans l’un ou l’autre cas, des connaissances s’imposent – connaissances historiques, sociales, culturelles, linguistiques – pour analyser ces œuvres et prendre la mesure de l’ampleur de la singularité de chacune, singularité liée au contexte historique d’écriture et à celui dépeint par l’œuvre, à la société et à la culture de l’auteur, culture d’origine et d’adoption, car « on n’est pas forcément du pays où l’on est né »[1].

Penser en plusieurs langues, parler plusieurs langues, se laisser emporter par la poésie de chacune d’entre elles, et faire de la langue française, sa propre langue, son propre monde, peu importe les raisons et les choix. Les écrivains qui écrivent en français entendent, comme une rengaine, la question du choix de la langue française – à l’exception des écrivains français, auxquels on ne pose jamais cette question. Peut-on, d’ailleurs, parler de « langue choisie » pour les auteurs francophones sous prétexte qu’ils écrivent dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle ?  Ressort ici une vieille fierté nationaliste et colonialiste, avec tout ce qu’elle comporte de paternalisme et d’aveuglement : les écrivains francophones écrivent dans la langue apprise à l’école. Au-delà de la question du choix, se pose celle de l’importance accordée à la langue. Abdelkébir Khatibi, lui, pense que la langue dans laquelle on écrit importe peu, et que ce qui fait un écrivain, c’est le langage qu’il invente. Ce n’est pas « francophone » qui importe, c’est « écrivain », « écrivain tout court » dirait Danny Laferrière. Il ne faut jamais oublier que la langue n’est la propriété de personne.

Le lecteur francophone est libre, lui, de définir son rapport au corps de la langue française ou d’en faire un vêtement assorti selon ses goûts, ses envies. C’est en lui que la langue française résonne, quelle que soit la plume. C’est pour lui que les écrivains francophones écrivent, pour partager avec lui une singularité qui ne peut se réduire à l’endroit d’où ils viennent. Nous ne sommes donc pas loin de penser ici, comme Lyonel Trouillot, que l’enjeu des littératures francophones concerne moins l’écriture que la lecture : « L’urgence, et elle est d’ordre politique, est d’amener aux lecteurs francophones des textes de tous ces lieux où l’on écrit en français, pour enrichir le lectorat des problèmes de tous ces lieux, de leurs bonheurs aussi, et de ce qui, dans l’écriture, dépasse la condition immédiate, rapproche ». La lecture est un chemin de traverse que la Plume francophone a résolument décidé d’emprunter.

 

 

La Plume francophone

 

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