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Activités de nos partenaires, Le Tarmac (Théâtre), Musique et spectacle vivant

Marc-Antoine Cyr, Les Paratonnerres

Les Paratonnerres :

Un drame libanais

(jusqu’au 15 mars au Tarmac)

Par Sandrine Meslet

Les Paratonnerres

La mise en scène du texte de Marc-Antoine Cyr est assurée par Didier Girauldon dont les acteurs, particulièrement remarquables, assurent avec cohérence la force du texte. On se rend compte rapidement, dès les premiers échanges entre les acteurs, de la difficulté d’incarner ces quatre personnages fuyants, littéralement pulvérisés par ce monde extérieur tout aussi inquiétant que menaçant. Les détonations sont-elles imputables au tonnerre ou bien est-ce le début de la guerre qui est annoncé ainsi ? La réponse importe peu. Au final, ces attributions arbitraires des personnages, eux-mêmes peu convaincus et par conséquent peu convaincants, n’y changent rien. Les détonations font, en effet, bien plus, elles isolent les personnages, les interrompent, les désorientent jusqu’à leur faire perdre le sens du réel et basculer dans une douce folie.

Le très beau décor, dans lequel se reflètent tantôt les images filmées par le personnage de Solène tantôt de magnifiques panoramas de Beyrouth, incarne à lui seul la tension entre intérieur et extérieur sur laquelle se fonde ce huis clos. Cette ouverture sur l’extérieur renvoie à l’incapacité des personnages de s’ouvrir au monde et de dépasser leur traumatisme. D’ailleurs, Solène ne filme que l’intime et le cloisonné, elle ne semble jamais prête à partir, comme ses parents l’y incitent, et à se délivrer d’elle-même. L’arrivée du jeune étranger n’y change rien, le discours amoureux entre les deux jeunes gens est détourné pour servir des fins purement personnelles. Les langues reflètent elles aussi cette incapacité à se saisir, à se comprendre, ainsi les deux amants ne voient en l’autre que leur propre reflet. Ils forgent ainsi un nouvel antagonisme sans se libérer du précédent.

Les solutions apportées par les personnages pour résister au tonnerre, qu’il soit réel ou bien symbolique, n’aboutissent ainsi qu’à des impasses. À l’image de l’arrivée redite de l’étranger, qui incarne pour chacun des membres de la famille une attente, celle de l’amour, du fils ou encore du sauveur dont on suppose qu’elle sera déçue. La protection des paratonnerres semble ici tout relative, le drame invite à reconsidérer l’importance des non dits ainsi que des silences qui étouffent le lien entre les personnages. Détourné de son utilisation, le paratonnerre devient un instrument de destruction rétablissant un ordre éphémère ou salutaire. Charge au spectateur de le décider.

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