Vous lisez...
Avec nos partenaires, Emancipations féminines, Le Tarmac (Théâtre), Musique et spectacle vivant

Fatmeh, mise en scène d’Ali Chahrour

Fatmeh au Tarmac ce soir encore : le mouvement éploré du souffle de nos âmes

par Caroline Tricotelle

 

Puissant… Bouleversant… Essentiel… Comment dire ce débordement du rite dans le rituel du spectacle… le déchaînement des corps des interprètes dans l’espace circonscrit de la scène…

Ces quelques mots peinent à formuler ce qu’est cette cérémonie à laquelle nous assistons au Tarmac lors de la pièce Fatmeh du chorégraphe et metteur en scène Ali Chahrour

Puissant parce que cette pièce est sans concession

Le plateau est nu, les danseuses entrent en scène dans leur robe quotidienne, se dévêtissent pour se glisser dans leur costume de deuil et avancent vers nous. Seul élément de décor : un disque lumineux en fond de scène pour figurer une lune, pleine ou décroissante, féminine, et signe d’une périodicité naturelle.

C’est sous cette lumière, lorsque les quelques mots intitulant les chapitres du spectacle sont projetés sur l’astre, que les visages des deux femmes apparaissent. Les corps surgissent. Non pas leur danse mais l’expressivité de leur regard, leur visage à toutes deux offerts. Image de la femme, charge émotionnelle. Par ces miroirs de l’âme est invoquée la douleur, celle qui connaîtra ses périodes, ses formes, comme la figure tutélaire de la lune.

C’est à ce moment-là que le rituel du spectacle est entamé par cette frappe sur le plexus solaire. La chorégraphie est alors ce geste des femmes d’Orient, ce rite qui peut atteindre à « l’expression du chagrin et leur insistance sur la consolation », nous prévient Ali Chahrour. Mais ce geste réitéré déborde de lui-même. Il s’empare du temps et de l’espace. Le geste n’est plus le véhicule mais le sens même de la douleur. Il devient souffle. Il devient rythme et il métamorphose les corps depuis les temps contemporains de Fatmeh, l’icône musulmane jusqu’à Oum Kalthoum. Le geste est alors cette forme figée à l’intérieur de laquelle les danseuses entrent, mais creusent, jusqu’à la transe et jusqu’au point de rupture. Comme l’ajoute Ali Chahrour dans son entretien avec Bernard Magnier, cette « recherche sur l’essence des mouvements traditionnels dans la danse contemporaine » ravit le spectateur. Elle l’emporte dans une performance où les figures féminines se superposent les unes aux autres pour faire éclater leur carcan. Mais elle en conserve l’émotion.

Bouleversant aussi parce que la femme apparaît dans son entièreté

Jamais la même, toujours multiple, à l’image de ces deux interprètes, Yumna Marwan et Rania Al Rafei, emplissant à leur manière les ondulations sensuelles de leur chevelure ou d’une même danse du ventre, la femme refuse aussi de regarder devant soi. La voix habite également cet espace. À celle d’Oum Kalthoum se rallie celle d’une danseuse, sans que nous ne sachions vraiment laquelle. De la sorte, la richesse des effets de double étire l’espace scénique au service de cette expressivité sans limites. Déesse maritime, dotée de plume ou voilée par la souffrance, cette entité féminine poursuit des mouvements giratoires de derviches qui ne laissent place qu’à l’exhortation de cette souffrance. « Le cri, la lamentation pour exprimer la tristesse, sont nécessaires pour la société dans laquelle nous vivons », affirme le chorégraphe. Et l’énergie des deux interprètes ne laisse aucun doute sur la puissance de l’existence.

Essentielle enfin parce qu’elle pointe le cœur du corps, lorsqu’il refuse l’intolérable. Expressivité du visage, gestes, voix, danses traditionnelles et élaboration d’images symboliques mettent à bas nos résistances. Nous sommes finalement renforcés, nourris à la racine même du jour et de la nuit, de la vie à la mort. Nous sommes traversés et saluons finalement cette cérémonie cathartique dansée, cette lutte pour la liberté.

Impressionnant et à très vite réserver pour y assister ce soir !

Advertisements

Discussion

Pas encore de commentaire.

Le tour du monde des arts francophones

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Tous les dossiers

%d blogueurs aiment cette page :