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Fouad Laroui, Ce vain combat que tu livres au monde

Ce vain combat que tu livres au monde de Fouad Laroui

par Virginie Brinker

 

 

fouad-larouiC’est dans le cadre de l’opération masse critique de notre partenaire Babelio que nous avons pu découvrir le dernier roman de Fouad Laroui, qu’ils en soient remerciés. Ce vain combat que tu livres au monde[1] est un roman de l’extrême contemporain qui aborde la plongée dans l’islamisme radical d’un jeune homme franco-marocain à Paris, Ali, et les attentats du 13 novembre 2015, tout en mettant la petite histoire, celle des personnages , en perspective. Les chapitres romanesques alternent ainsi avec la voix d’un narrateur retraçant l’Histoire du monde arabe au XXe siècle, comme pour mieux saisir les racines du phénomène. Le roman se fait fort, en jouant sur les codes du théâtre, de la comédie, voire de la série télévisée, de rendre ainsi accessible, notamment aux plus jeunes, la complexité des situations, permettant de les analyser, voire de les prévenir. Par cette stratégie de contre-séduction, il s’efforce donc de désamorcer les idéologies dangereusement séduisantes qui conduisent au pire.

Ali, Malika, Claire et Brahim forment un quatuor digne d’une comédie sentimentale dans les premières pages du texte. Ali et Malika, les jeunes premiers, complices et malicieux, s’apprêtent à vivre ensemble. Claire, l’amie d’enfance de Malika, jamais à court de plaisanteries, apparaît comme la confidente de l’héroïne, tandis que Brahim, le cousin d’Ali, gentiment benêt au départ, incarne le pendant masculin de Claire. Son rôle va cependant prendre une ampleur inquiétante à partir du moment où Ali, écarté d’une mission importante dans son travail du fait de ses origines, va trouver refuge dans les discours identitaires de son cousin et la mosquée dirigée par un imam salafiste de son quartier. Les deux cousins finiront par quitter le territoire pour s’engager en Syrie, jusqu’aux attentats du 13 novembre à Paris, devant lesquels Ali, allant déjà de désillusion en désillusion, dessillera les yeux. En tentant de fuir, il sera assassiné et considéré comme un traitre « à la cause ».

Une esthétique de la contre-séduction

Si la trame du récit peut paraître assez linéaire, voire un peu facile, elle a le mérite de faire entrevoir qu’il n’y a pas de partition étanche entre les êtres, un sentiment d’exclusion et de frustration pouvant parvenir à métamorphoser un jeune homme brillant et aimant en « robot ». L’explication « psychologique » importante sur le plan romanesque, ne saurait toutefois pas être la seule. Comme nous le disions, c’est en plongeant dans les sources historiques que le narrateur parvient à expliquer la genèse du terrorisme que nous connaissons actuellement.

Notons d’ailleurs que si ces pages d’Histoire, quoique nécessaires, peuvent apparaître parfois ardues, elles sont d’une part distillées au fil de l’intrigue romanesque, et tissées d’autre part dans un récit qui joue avec les codes du théâtre, voire de la comédie et même du vaudeville parfois. Brahim est un personnage caricatural et typé dont on se moque volontiers. La scène où Claire, jouant une sorte d’Elmire revisitée pour pousser les deux cousins dans leur retranchement, se dénude, est émaillée de références aux comédies moliéresques, Tartuffe en tête bien sûr. De même, si le roman met en scène les écrans comme stratégie d’embrigadement (ceux qui diffusent les vidéos terroristes, les horreurs de la guerre en Syrie, les images des attentats du Bataclan…), il joue aussi sur ce tableau en frisant parfois les codes des sitcoms (surtout dans les premières pages), proposant au lecteur une véritable stratégie de contre-séduction.

Désamorcer les idéologies

Le roman est en outre émaillé de récits didactiques qui contribuent à sa richesse et sa profondeur, comme ceux de l’imam qui se déploie pour convaincre et embrigader les jeunes hommes qui fréquentent la mosquée, ou encore celui du professeur de Paris VIII qui dynamite et recompose le « roman national ». L’ouvrage fait ainsi la part belle aux discours argumentatifs et aux idéologies, pour mieux les enrayer. Tous ces discours ne sont en effet évidemment pas mis sur le même plan, et il est justement intéressant de regarder comment chacun est rendu et véhiculé par le discours d’escorte du narrateur[2]. A titre d’exemple, dans le cas de celui de l’imam, assez long, ce sont quelques notations qui viennent le miner de l’intérieur, comme le fait qu’il consulte ses fiches en pleine diatribe. De manière générale d’ailleurs, l’humour, le jeu de mots et la caricature sont des armes maitresses du roman qui parviennent aux mêmes fins : désamorcer les idéologies et faire préférer aux combats mortifères le chant de la vie.

[1] Fouad Laroui, Ce vain combat que tu livres au monde, Julliard, 2016.

[2] Voir Philippe Hamon, Texte et idéologie. Valeurs, hiérarchies et évaluations dans l’œuvre littéraire, PUF, 1984.

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