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Dix ans de La Plume Francophone, Nos dix ans

Résultats du concours d’écriture

Résultats du concours d’écriture

n59736520201_2492900_81843.jpgPour les 10 ans de La Plume Francophone, nous vous avions sollicités, chers lecteurs, pour nous raconter en 300 mots environ un souvenir de lecture qui vous avez particulièrement marqués. Nombreux ont été vos envois et vos textes concernant des ouvrages écrits ou traduits en français. Même si les seconds s’éloignent un peu de notre corpus, c’est avec beaucoup d’intérêt, de passion et de reconnaissance que nous avons collectivement découvert l’ensemble de vos propositions et apprécié chacun de vos écrits, offert en partage.

 

Nous tenions sincèrement à tous vous remercier pour votre grande générosité.

 

Mais puisqu’il a fallu choisir, nous vous proposons de découvrir à présent les textes des deux gagnantes ex-aequo, Rabiaa Marhouch et Marie-Dominique Godfard. Un grand bravo à elles !

 

Le Garçon manqué de Nina Bouraoui

Je respire mal. Pourtant, j’ai fermé son livre. Son Garçon manqué. Qui a manqué m’étrangler. Mais je suis encore tout imprégnée d’elle. De son ami qui court avec elle. Sur le sable chaud. Sous le soleil brûlant. Je cours. Essoufflée. Sur la plage d’Alger. Indiscrète. Je les regarde. Je les surveille. Je les inspecte. Je scrute leurs gestes. Mais hélas ! je ne les vois pas vraiment. Je n’ai pas les traits de leurs visages. Leurs âges. Leurs mensurations. Rien. Elle est avare de description. Comme d’habitude. Elle est trop dans l’intériorité. Dans l’abstraction. Dans le flot des souvenirs. Dans le magma des sensations. Elle ne livre que des bribes. C’est éparpillé. C’est décousu… J’aimerais tant voir à quoi ressemble. La petite Nina. Du petit Hydra. Je sais, je n’ai qu’à l’imaginer. Si j’y tiens. Alors j’écris dans ma tête. J’écris une histoire parallèle. Je complète. Je comble. Je gribouille. À mon tour. Je vole les mots de l’auteur. Je les (mal)traite comme je veux. Comme je peux. Tant pis. Elle n’avait qu’à faire une description de Nina. Son visage fin. Ses yeux en amande. Son teint bronzé. Comme teinté de henné. Ses cheveux ondulés. Comme des adieux déchaînés. Nina, angoissée. Nina, Sauvage. Nina, agrippée à son ami. Amine. Son double. Qui est tout pour elle. La mer. Le soleil. Le sable. La terre de son enfance. Il est elle. Comme elle se voit. Dans l’écart. Le recul. La mémoire. Qui avale. Qui recrache. Lui. Son visage, couleur terre. Son corps, en lettres majuscules. Bâti comme un édifice. Rénové. Retapé. Lui. Son passé recomposé. Rapiécé. Son enfance arrachée. Déterrée. L’exil de sa vie adulte. Il vit là-bas. Dans l’oubli. Écrit. Restitué. Aménagé. Repeint au couleur de l’été. Du soleil qui brille. Dans le souvenir qui vacille.

Rabiaa Marhouch

A la mémoire d’Henry Bauchau

Entendant une amie parler avec passion du livre de l’Ecrivain, je l’empruntai à la bibliothèque dont je franchissais le seuil comme j’aurais passé la porte d’une église.

Ce livre, intitulé La déchirure, me permit d’entrevoir un domaine foisonnant où je me trouvais souvent en territoire personnel, voire intime, comme si les lignes avaient été écrites à ma seule intention. Il me délivrait des messages aussi bien sur les épreuves passées que sur celles qui surviendraient, en particulier sur les séparations que j’aurais à affronter, comme la mort de ma mère ou l’éloignement de mes fils. C’est la première fois que je ressentais une aussi forte impression de main tendue vers moi, de possibilité de partage à travers les mots, alors que j’avais estimé, à cinquante ans, avoir passé deux ans de ma vie à lire sans interruption.

Je décidai d’écrire à l’Ecrivain comme si, entre nous, au lien de l’esprit s’était ajouté un lien de confiance. Je lui disais combien la lecture de La déchirure m’avait réconfortée, que grâce à ses formulations à lui, ma pensée à moi, s’était précisée… Peut-être étais-je devenue plus intelligente ? me demandai-je, sans oser l’écrire. Deux semaines après, je reçus une carte postale avec, dessus, le site de Stonehenge où se dressent les vestiges d’un ensemble mégalithique, et, derrière, quelques mots de remerciements.

L’Ecrivain aurait eu 100 ans, le 22 janvier 2013. Mais quelques mois avant, il avait tiré sa révérence dans un dernier vacillement, avec la délicatesse de ceux qui ne veulent pas faire de peine aux autres en partant. Heureusement, je constatai qu’Henry Bauchau avait juste fait semblant de mourir et qu’il continuerait de m’aider, m’insufflant la sagesse d’affronter le plus sereinement possible la plus terrible des épreuves : mon vieillissement et l’approche souterraine de ma mort !

Marie-Dominique Godfard

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