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Cheikh Hamidou Kane, Comptes-rendus de lecture, Dix ans de La Plume Francophone

Nicolas Treiber, Lecture de L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane

Lecture de L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane

par Nicolas TREIBER

 

 

 

Commencée par hasard, l’aventure s’est poursuivie par nécessité. J’ai rencontré Cheikh Hamidou Kane à vingt ans, dans le geste bienveillant d’une main maternelle posant sur le bureau cette couverture violette au centre de laquelle trônait, altier et calme, le visage d’un « Africain musulman », selon la légende en quatrième de couverture. L’Aventure ambiguë (Paris, Julliard, 1961). Le programme de l’humanité décolonisée de 1961. Le leitmotiv de l’éveil d’une conscience de lecteur au début des années 2000.

De quelle ambiguïté ce livre offrait-il le récit ?

Il n’y avait rien d’ambigu sous mon soleil d’alors. Les choses étaient à leur place, le Luberon au milieu. Les villages perchés sur les collines et les lotissements bordés de vignes et de pinèdes, les quartiers pauvres dans les ruelles de Pertuis, les deux ou trois HLM dont les quelques étages surplombaient le cimetière. Aucune conscience de la dichotomie des espaces produite par l’idéologie dominante. Un livre a donc montré le chemin possible d’une trajectoire dans la complexité du monde. Dans son lot d’injustice et de douleur.

L’Aventure ambiguë a dissipé peu à peu l’indifférence, comme on frotte au torchon des vitres sales où se découvre le paysage de valeurs inconditionnellement universelles : « Il n’y a de civilisation que celle de l’homme disponible, pour aimer son semblable, pour aimer Dieu surtout. » À mon incroyance, un initié soufi apportait la demeure de ses mots. À mon insouciance, il dévoilait certains leviers postcoloniaux d’un monde qui ressemblait au mien et donnait corps à l’angoisse « devant le soleil qui meurt ». À ceux qui croient au ciel, à ceux qui n’y croient pas, ce livre offrait une accolade au parfum de rose et de réséda. Une chapelle de résistance. Un élan vers le maquis.

L’Aventure ambiguë a sonné le signal d’une insurrection. Contre ceux qui foulent au pied le sacré de l’autre, contre ceux qui se calfeutrent dans leur suffisance, qui renoncent à endosser l’aventure humaine. Qui refusent de relever l’étrange épreuve de son ambiguïté.

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