Vous lisez...
Cinéma, Comptes-rendus de lecture

François Delisle, Chorus

« Où l’expérience amère et noire de la vie »

Par Valerie Nehmé

 

Irène et Christophe. 2 êtres en perdition depuis la disparition tragique de leur unique enfant de huit ans, se retrouvent 10 ans plus tard après avoir reçu un appel de la police.

L’histoire commence

Tournée en noir et blanc, le célèbre scénariste et réalisateur Québécois François Delisle, livre avec Chorus, un drame psychologique d’une grande puissance magnifiquement interprétés par Sébastien Ricard (Christophe), Fanny Malette (Irène), Geneviève Bujold (mère d’Irène) et Pierre Curzi (père de Christophe) et où la perte de l’enfant s’ensuit de la perte de soi.

chorus

C’était une journée comme les autres. Une journée ordinaire.  Une journée qui devait se terminer par un baiser sur la joue de son enfant. Mais ce baiser n’aura pas lieu.  Jamais.

L’enfer commence

chorus_photo02

Comment survivre après la perte de son unique enfant ? Comment tenir ? Comment respirer ? Comment accepter la perte? Comment faire son deuil ? Comment se reconstruire ? Comment se réconcilier avec l’autre, et avec soi surtout ?

 

Se séparer peut-être. Partir loin ou rester dans l’attente de quelque chose, disparaitre tout simplement sans jamais vraiment disparaitre. Garder un lien, aussi infime soit-il.

Christophe s’installera au Mexique et restera en contact avec son père, et Irène se consacrera à sa carrière de chanteuse au sein d’une chorale, avec pour seule attache, sa mère qui dépend d’elle financièrement.  Mais le temps passe. Les séquelles sont toujours là, enfouies quelque part.

 

Dix ans durant, ils vivront ou plutôt survivront chacun de leurs côtés dans l’errance la plus totale, sans espoir, sans se parler, sans se voir, sans évoquer l’autre, comme si leur mains ne s’étaient jamais tenues, comme si cet enfant, leur enfant,  n’avait jamais réellement existé. Comme s’ils n’avaient jamais été parents. Que tout n’était qu’illusion. Que tout n’était qu’un mauvais rêve.

Dix ans de déroute, de mutisme, d’une vie « hors-la-vie » dévastatrice. Respirer parce qu’il le faut.

Dix ans  jusqu’au coup de fil fatidique, inattendu. Celui qui leur permettra de se réunir. Celui qui leur révélera l’effroyable et insoutenable vérité. Celui qui leur permettra aussi de se reconstruire, de sauver le peu qui reste de leur histoire trop tôt interrompue, de parler à nouveau. Mais la plaie est toujours ouverte.

Tout se bouscule alors.  Le cinéaste ne laisse rien passer. Le mal ne doit passer sous silence. Le couple se retrouve alors entre quatre murs afin de visionner les aveux du meurtrier de leur fils. Une scène insoutenable de douleur, limite obscène et tragique, car elle confronte autant les parents que les spectateurs à l’homme qui aura tout détruit en l’espace de quelques instants.

«Obligés de revenir sur les lieux du crime, ils doivent tenter de faire leur deuil et guérir de cette blessure narcissique radicale qu’est la perte de son enfant. Car, à vrai dire, ils ne sont plus « parents », ils ne sont plus « rien ». Ce trou a dévasté leur pensée, leur langage, leur affectivité, tout ce qui les constituait comme sujets. La mort de l’enfant renvoie ses parents à leur condition de mortels. Abstraitement, ils doivent accepter leur mort future et, concrètement vivre leur vie actuelle. »

En noir et blanc, parce que les couleurs n’ont pas leur place, entre le Mexique et le Canada, François Delisle nous plonge subtilement – camera à l’épaule presque tout le long du film –  dans la douleur de l’autre et nous immerge dans un univers où la musique fait partie intégrante du film, où elle est un personnage à part entière. « La musique est pour moi un personnage ou une voix. Elle vient dire des choses sur l’histoire qui est racontée. Des choses qui m’échappent encore aujourd’hui. CHORUS est un film sur la réconciliation, et pour moi, la musique me réconcilie souvent avec la vie. »

 chorus_photo06

CHORUS  est également un film sur « l’expérience de la vie » selon les dires du cinéaste. Une « expérience » amère et noire qui nous questionne sur la vie, la mort, le deuil mais aussi l’espoir et qui nous pousse à l’extrême en nous faisant subir toutes sortes d’émotions.

 

Beau, tragique, violent et tendre par moment, CHORUS – sixième film du réalisateur François Delisle salué par la critique au Festival de Sundance puis à la Berlinale – est surtout une leçon de vie.

 

 La bande-annonce du film 

 

* Sortie en Salle le 20 Janvier 2016

* Durée : 1h36

* Distribution : UFO Distribution

* Relations Presse et Web : Sophie Bataille.

Advertisements

Discussion

Pas encore de commentaire.

Le tour du monde des arts francophones

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Tous les dossiers

%d blogueurs aiment cette page :