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Chronique/actualité, Le Tarmac (Théâtre), Musique et spectacle vivant

Hassan El Geretly, « Zawaya, Témoignages de la Révolution » (théâtre du Tarmac)

Regards croisés sur la Révolution égyptienne

par Lama Serhan (La Plume Francophone) et l’écrivain égyptien Khaled Osman (auteur du roman Le Caire à corps perdu, éd. Vents d’Ailleurs)

Dany

 

« Des paroles de révolte », par Lama Serhan

Comment mettre en scène le Printemps arabe qui eut lieu en Egypte entre le 25 janvier 2011 et le 11 février 2011 ? Ce soulèvement populaire a conduit des millions de personnes à lutter contre la corruption qui gangrène le pays, contre une police qui abuse de son pouvoir, et contre un gouvernement aveugle face aux problèmes du peuple.

Laissant de côté les artifices du théâtre, c’est la simplicité et le dénuement du témoignage qu’a choisit de mettre en scène Hassan El Geretly.

Une scène vide de tout décor. Juste quelques chaises : dont l’une à l’avant-scène, et derrière cette chaise, cinq personnes assises, qui regardent le public. A gauche de la chaise centrale, un musicien assis s’empare d’un oud et ouvre la pièce.

Un soldat corrompu, un supporter ultra de football, un petit bandit, une visiteuse d’hôpital et la mère d’un enfant martyr se succèdent pour livrer chacun leur histoire ponctuée par les chants du musicien – le sixième témoin. Les comédiens racontent en arabe, et leurs paroles sont surtitrées. Un choix dramaturgique qui, s’il laisse aux spectateurs la possibilité de n’écouter que la langue, peut aussi rendre la compréhension difficile à cause du défilement parfois trop rapide des surtitres.

Le texte de Shadi Atef se compose essentiellement de vrais témoignages dont la violence nous bouleverse totalement. Je retiens en particulier le témoignage de la visiteuse d’hôpital qui raconte les corps empilés dans une morgue, et se souvient de cette mère qui refuse obstinément la mort de son fils en lui demandant, de cette voix douce et bienveillante que ne peut venir que d’une mère, de « se lever et de montrer à tous à quel point son sourire est beau ». Je retiens aussi le dernier récit, celui de la mère de l’enfant martyr, enfant parfait, mort sans aucune raison valable. Ici, ce « dommage collatéral » de l’Histoire contemporaine a un nom et un visage : à la fin de son témoignage, la comédienne va distribuer au public des photos de l’enfant martyr. 

Les chants poétiques du musicien permettent de respirer entre chaque prise de parole. Malgré l’individualité de chaque récit, nous sommes face à des situations qui font résonner des histoires connues, entendues dans d’autres temps, dans d’autres lieux.

Ces Printemps arabes que Le Tarmac a proposés dans le cadre du festival « (D)rôles de printemps » nous ont montré le foisonnement des violences qui existe dans ces pays, et témoigne de la nécessité de raconter ce qui s’y passe : à travers l’objet mis en scène dans Alice, la danse avec « Sacré Printemps », la banalité de la vie avec On the importance of being an arab et enfin, la violence d’une révolution avec « Zawaya ».

« Pluralité des points de vue et union du peuple égyptien », par Khaled Osman

Vue au théâtre du Tarmac*, « Zawaya, Témoignages de la Révolution », une pièce de Hassan El Geretly, interprétée par sa troupe égyptienne (Arfa Abdelrasoul, Seif El Aswany, Dahlia Al Gendy, Hassan Abou Al Rous, Ahmed Choukry).

L’argument de la pièce:
« Un voyou à la solde du pouvoir, un officier, la mère d’un martyr, un supporter de football, une visiteuse d’hôpital. Cinq personnages, cinq archétypes, tous témoins et acteurs de l’hiver 2011 sur la Place Tahrir du Caire. Ils vont dire la part personnelle prise durant les jours qui ont bouleversé la vie politique égyptienne et amené la chute du président Hosni Moubarak. »

Mon avis:
Pour ces témoignages, le metteur en scène Hassan El Geretly propose un dispositif simple  les témoins, tous assis au fond de la scène, s’avancent tour à tour pour prendre place sur la chaise située au premier plan et livrer leur témoignage. Chaque intervention est encadrée par des chansons joliment interprétées au oud par Yasser El Magrabi.

Ce dépouillement délibéré donne une force particulière à la parole de chacun, énoncée avec expressivité dans un égyptien dialectal (la pièce est également surtitrée en français) très naturel et imagé, par exemple celui des supporters de foot ou de la délinquance.
Dans un entretien, le metteur en scène indique que, contrairement à d’autres formules qu’il a également expérimentées, les acteurs – tous remarquables – ont eu à interpréter les rôles de vrais témoins qu’ils avaient eu l’occasion de rencontrer.

CetteDany impression de réalité trouve son paroxysme dans le témoignage final, celui de la mère de martyr, tout de noir vêtue de la gallabieh au higab (jouée par Arfa Abdelrasoul), qui à la fin de son émouvante prestation, se lève et, au lieu de regagner sa place comme tout le monde s’y attend, se dirige droit vers le public pour distribuer aux spectateurs des premiers rangs la photo de « son fils », victime des balles de la police…
Un beau spectacle qui rappelle hélas que ces martyrs de la Révolution n’ont pas obtenu justice, mais aussi la remarquable union qui s’est créée pour l’occasion entre des composantes très disparates de la société égyptienne….

* L’excellent théâtre du Tarmac (la scène internationale francophone) qui proposait du 11 au 28 mars une très belle programmation intitulée « (D)rôles de printemps ».


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