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Enseignants, étudiants, élèves, Littérature et migrations

Christiane Albert, L’Immigration dans le Roman Francophone Contemporain

« L’immigration : une manifestation socioculturelle

et postmoderne de l’exil ? »

par Marius-Yannick Binyou-Bi-Homb

Du concept d’exil (individuel) à celui d’immigration (collectif et social), Christiane Albert décrypte avec une extrême profondeur les contours du discours littéraire de l’immigration contemporaine encore appelée littérature « migrante », des migrations ou de l’exil. Sa thèse, édifiante, part du postulat selon lequel l’immigration n’est qu’une manifestation socioculturelle de l’exil et qu’en réalité l’unique différence entre l’exil et la migration réside dans ce que le second, comparé au premier, est doté d’une valeur à la fois collective et social lui conférant le statut de phénomène social.

De son étude, il en ressort que l’immigration contemporaine se veut non seulement une thématique mais beaucoup plus une poétique qui génère ses propres modalités d’écriture tout en ayant la particularité de contribuer à définir une catégorie littéraire nouvelle. Nouvelle par rapport à la rupture – d’où la première partie de cet ouvrage qui est en réalité une histoire littéraire de l’immigration – qu’elle opère avec la littérature des romanciers de l’époque précoloniale, coloniale et même d’avec celle des écrivains des années 80 (l’émergence de la littérature beure, les littératures migrantes du Québec…).

 C’est à partir de ces années quatre-vingt qu’une fiction véritable, accentuée et prolifique va se tisser autour de ce que Christiane Albert appelle, dans la deuxième partie de son ouvrage, l’« immigré fictif », une construction négative du personnage immigré que dressent également les écrivains de la nouvelle génération. Le personnage immigré arbore l’image d’exclu social, d’ethno-piégé, d’éternel quêteur d’identité souffrant de la fièvre du mythique retour.  Si on note une similitude descriptive des personnages entre les deux générations à quel niveau se situe la rupture avec les littératures précédentes ?

Dégageant une véritable poétique de l’immigration, Christiane Albert démontre qu’on ne peut  à proprement parler d’immigration contemporaine sans embrasser les mondes post-colonial et post-moderne. Ainsi, contrairement aux écrivains de la première génération où l’immigration des personnages était temporaire et devait s’achever par un retour, les personnages des littératures migrantes francophones contemporaines doivent désormais négocier leur intégration dans la société d’accueil par une redéfinition de leur identité et le dépassement des clivages nationaux.  De ce fait se dégage une caractérisation précise de la littérature migrante contemporaine : une écriture de la « démaîtrise » (aliénation et déphasage du personnage, déconstruction du schéma initiatique traditionnel, affrontement d’un monde multiculturel et hétérogène, déconstruction du beau-langage etc…) et une écriture du « hors-lieu » qui se veut d’abord du « in between », ensuite métisse et enfin « Tout-Monde».

Cette situation discursive n’est pas sans conséquence analytique sur la posture identitaire que peuvent adopter les écrivains de la nouvelle génération si l’on part de leurs récits. Ainsi, Christiane Albert dans un propos clôturant nous présente une alternative à quatre alinéas : Soit ils revendiquent leur assimilation  à la littérature française, soit ils choisissent d’être les porte-paroles de leur communauté d’origine en jouant le jeu de l’ethnicité, soit ils assument leur identité plurielle, soit, enfin, ils récusent toute notion d’appartenance nationale.

En définitive, cette grille analytique que nous offre Christiane Albert jouit du mérite de briller d’originalité méthodique et de profondeur discursive. Nonobstant, elle n’a pu se défaire de son penchant identitaire qu’elle a noyé dans une appréhension uni-centrée (l’œil occidental) – remarque qu’elle a anticipée dans la conclusion. Pire encore lorsqu’elle dissocie la littérature maghrébine de la littérature africaine, comme si le Maghreb était un continent et l’Afrique un autre.

Pour aller plus loin, cliquez ici

Christiane Albert enseigne les littératures francophones à l’université de Pau et des pays de l’Adour Elle a dirigé l’ouvrage Francophonie et identités culturelles (Karthala, 1999) et a publié de nombreux articles sur les littératures firancophones d’Afrique, des Antilles et du Québec. 

Christiane Albert, L’immigration dans le roman francophone contemporain, Paris, Karthala, 2005, 217p.

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